Crise des migrants : à Calais, des associations bataillent en permanence avec les autorités pour réussir à aider les « exilés »

Crise des migrants : à Calais, des associations bataillent en permanence avec les autorités pour réussir à aider les « exilés »

Dans la sous-préfecture du Pas-de-Calais, face à la Manche, les associations dénoncent les pressions à leur encontre et envers les migrants qu’elles tentent d’assister au quotidien.

Des silhouettes se découpent à l’horizon, comme sorties de nulle part. D’un pas lent et fatigué, bonnets vissés sur la tête, ces femmes et ces hommes émergent de leurs campements, dans le froid de ce début décembre. Au beau milieu des herbes hautes du littoral, ils rejoignent un champ boueux jouxtant le parking de la zone commerciale, à l’entrée de Calais (Pas-de-Calais).

C’est ici que les associations viennent se positionner depuis plusieurs mois, au plus près de l’un des principaux lieux de vie des « exilés », un terme qu’elles préfèrent à « migrants ». Leurs campements, sortes de mini-bidonvilles constitués de toiles de tentes posées sur des palettes, sont disséminés dans Calais depuis l’évacuation de la « jungle », en octobre 2016. Six zones sont répertoriées par les associations à l’orée de la ville, même si quelques personnes dorment aussi dans des bosquets ou sous les ponts du centre-ville.

Les quatre bénévoles du Secours catholique sont arrivés les premiers sur place. C’est jour de « recharge ». Deux fois par semaine, l’association se rend ici avec un générateur qui vient alimenter une pieuvre de multiprises. Chacun peut venir y charger son téléphone. L’association Salam les rejoint pour assurer la tournée quotidienne de petits déjeuners : elle en distribue 1 000 chaque jour, dans différents points de la ville. Une file se forme devant le stand de nourriture. Beaucoup de Soudanais, mais aussi des Afghans, des Syriens, des Kurdes, ont bravé les 4 °C de cette fin d’automne.

« Harcèlement » policier 

Tous les jours ou presque, les migrants sont expulsés manu militari de leurs lieux de vie. Cinq ans après la destruction de la « jungle », qui était devenue le plus grand bidonville de France, les policiers ont un mot d’ordre : lutter contre toute installation de campements. « Leurs tentes sont systématiquement saisies. Elles ne sont plus lacérées depuis la récente polémique, mais jetées dans des bennes, donc l’effet est le même », pointe Antoine, l’un des quatre salariés du Secours catholique de Calais, qui déplore une logique de « harcèlement » des forces de l’ordre.

« A chaque expulsion, on leur confisque leurs effets personnels, et leurs lieux de vie sont régulièrement grillagés pour leur en empêcher l’accès. »

Les associations contrôlées « presque toutes les nuits »

Cette pression ne s’exerce pas seulement sur les migrants : les associations assurent qu’elles en sont aussi les cibles. Le jour de notre venue, un huissier a ainsi fait irruption pour annoncer aux bénévoles qu’ils occupaient illégalement les lieux : ce terrain boueux « appartient à Auchan », a-t-il expliqué. A ses côtés, un homme se présente comme le responsable de la sécurité de l’hypermarché. « C’est un membre de la BAC, je suis sûr de l’avoir déjà vu », glisse un bénévole. « Etant donné que vous êtes sur un terrain privé, vous allez devoir en laisser libre l’accès », explique l’homme. « Laisser libre l’accès à qui ? » lui rétorque Anna. « Il ne doit pas être occupé. Tout simplement », répond-il.

La procédure ne surprend personne : les équipes associatives voient régulièrement leurs actions entravées de la sorte. Marguerite Combes, coordinatrice d’Utopia 56 à Calais, dénonce des « contrôles de police très très réguliers ». Son association est d’astreinte 24 heures sur 24, pour aider les personnes en situation de détresse, notamment en les accompagnant à l’hôpital.

« Presque toutes les nuits, on a des contrôles policiers, des contrôles de véhicules, des contrôles de permis. Ce n’est pas illégal mais totalement abusif et très intimidant. »  Marguerite Combes, coordinatrice de l’association Utopia 56 à Calais

« Des roches, des buttes de terre » pour limiter les accès aux campements

Au-delà de ces contrôles ciblés, les travailleurs associatifs s’insurgent collectivement contre une « politique générale » visant à les empêcher d’aller à la rencontre des migrants. « Quand la police repère un point de distribution, le lendemain, on va découvrir un panneau ‘Interdit de stationner’ qui va nous forcer à nous déplacer, observe Pierre Roques. Des rochers, des buttes de terre sont régulièrement érigés par la mairie sur ces lieux de rendez-vous pour nous en bloquer l’accès. »

Dernier exemple en date : cette butte de terre et de rochers bâtie pour empêcher l’accès à un campement regroupant une centaine de personnes, près de la commune de Marck, à l’est de Calais.

La rédaction

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